Illusion du mouvement: dépassée au 21ème siècle

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Illusion du mouvement: dépassée au 21ème siècle

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Bonjour, je note que la page d'accueil de la section projecteur indique toujours que le projecteur est "un appareil qui crée l'illusion du mouvement".

Ces théories de l'illusion du mouvement sont fausses et obsolètes depuis au moins 1948 (publication de la théorie de l'échantillonnage) voire 1915 (théorème de Whittaker).
Historiquement, elles ont consacré toute leur énergie à explorer un problème qui n'a en fait jamais existé. Cela concerne aussi bien les explications à base de persistance rétinienne que celles qui reposent sur "l'effet phi".

De nos jours, ce qu'il faut dire, c'est : "Le cinéma capture et restitue le mouvement réel, en vertu de la théorie de l'échantillonnage, il n'y a aucune illusion en jeu."

Chaque image enregistrée par la caméra est un échantillon, pris sur le mouvement continu. On ne stocke ou ne transmet (dans le cas de la télévision) que ces échantillons. C'est exactement ce qu'on appelle faire de l'échantillonnage.

Au début du cinéma, il n'existait pas de cadre théorique rigoureux pour expliquer les conséquences de cette pratique. On y allait donc à l'intuition. Cependant, il y a des cas en science et en technique où l'intuition s'effondre complètement et n'est plus d'aucune utilité, le seul guide fiable qui reste alors est constitué par les mathématiques (mais je n'ai pas l'intention de citer des équations ici, seulement les conclusions). Bien entendu, vu le sujet de ce message, le cinéma tombe précisément dans ce cas.

Ce que dit l'intuition: "En passant du mouvement continu aux échantillons (les images fixes), j'ai perdu l'essentiel de l'information d'origine, ma seule ressource à la projection est alors de la remplacer par une forme d'interpolation, voire d'illusion créée par le système visuel humain (oeil + cerveau).

Ce qui disent les mathématiques : "Le théorème de l'échantillonnage fournit une preuve mathématique que, sous réserve de respecter un certain critère d'échantillonnage (sur lequel je reviendrai) ,
1) on n'a perdu absolument aucune information en passant du signal continu d'origine aux échantillons
2) à partir des seuls échantillons, on est capable de reconstruire exactement le signal d'origine, donc tout ce qu'il y avait entre les échantillons".

Il faut insister sur le mot "exactement", ce n'est pas une interpolation, ce n'est pas une approximation, ce n'est pas une illusion (et non, ça ne se fait pas en "reliant les pointillés").

Donc, en adossant une opération de reconstruction à une opération d'échantillonnage, on obtient au total une opération transparente à l'issue de laquelle on retrouve le signal continu d'origine comme s'il ne s'était rien passé.

Pour le cinéma la conclusion est donc que la séquence d'images fixes sur la pellicule contient toujours la totalité de l'information sur le mouvement continu originel (mais transformée), qu'elle est préservée tout au long de la chaîne jusqu'au spectateur, et que la question est simplement de lui redonner sa forme initiale (reconstruire le signal), et aucunement de la remplacer par une illusion.

Les théories de l'illusion ont donc fait fausse route dés le départ.

Le critère d'échantillonnage indique que la méthode ne constitue pas une approximation qui deviendrait d'autant plus précise que la fréquence d'échantillonnage (la cadence d'image) tend vers l'infini, mais qu'il y a une fréquence limite à partir de laquelle les échantillons contiennent toute l'information du signal, et cela se produit lorsque la fréquence d'échantillonnage est strictement supérieure à deux fois la fréquence maximale contenue dans le signal. Donc un échantillonnage à 24 Hz permet de reproduire exactement les mouvements ne comportant pas de composantes fréquentielles supérieures ou égales à 12 Hz.

je détaillerai dans un autre message ce que peut représenter un mouvement de 12 Hz, mais en gros, on peut dire que les mouvements suffisamment lents par rapport à la cadence d'image de 24 images par seconde seront reproduits exactement, alors que les mouvements trop rapides le seront incorrectement, ce dernier point au moins est intuitif (en réalité il n'y pas que la vitesse, la complexité de surface de l'objet compte aussi).

Dans ce contexte, comment reconstruit-on le mouvement ? Deux étapes principales:
1) application sur le signal échantillonné d'un "bloqueur" d'ordre zéro", dispositif qui a simplement pour rôle de maintenir l'affichage d'un échantillon pendant une période d'échantillonnage, puis de faire la même chose sur l'échantillon suivant , et ainsi de suite
2) Application d'un filtre passe-bas qui élimine les répliques spectrales créées par le processus d'échantillonnage. Ce filtre fondamental est souvent appellé "filtre de reconstruction"

On voit que le projecteur tient exactement le rôle du bloqueur d'ordre zéro, en affichant chaque image pendant 1/24s avant de passer à la suivante. On voit également que ce qu'il projette à l'écran est un mouvement encore incomplètement reconstruit, car il y manque l'étape suivante.

Cette dernière est confiée au système visuel humain (même si très théoriquement, au moins en cinéma électronique, on pourrait la réaliser par filtrage au niveau de l'affichage).

On lui demande simplement pour cela d'être lent, et d'être incapable de traiter les fréquences lumineuses au delà d'une certaine limite. C'est le comportement naturel d'une circuiterie constituée de réseaux neuronaux dans lesquels l'influx nerveux est limité au mieux à 120 m/s. Pas besoin de recourir à un mystérieux "effet phi" pour expliquer cela.

Au total, on pourrait avoir l'impression que l'explication n'est pas très différente des théories de l'illusion, puisqu'on fait toujours appel au système visuel humain, mais en fait elle est fondamentalement différente car:

- cette contribution n'est théoriquement pas indispensable, juste commode
- on fait juste appel aux propriétés de la circuiterie de bas niveau du sytème visuel, pas à des illusions mystérieuses au niveau de l'esprit
- et surtout, le mouvement perçu sera au final une véritable reproduction du mouvement d'origine capté par la caméra, pas une illusion créée localement

L'affirmation habituelle selon laquelle c'est forcément une illusion car "à l'écran il n'y a qu'une suite d'images fixes" est donc trompeuse, car :
- la théorie montre que ces images contiennent toujours toute l'information du mouvement continu d'origine
- l'écran n'affiche qu'un mouvement incomplètement reconstruit, il y manque l'étape suivante du filtre passe-bas apporté par l'oeil

La théorie de l'échantillonnage permet de calculer précisément ce qui se passe comme par exemple le fait qu'un obturateur de caméra ouvert à 360° amène une distorsion en sin(x)/x de la réponse en fréquence du système avec une atténuation de 4 dB à la fréquence maximale utile.

Les théories de l'illusion ne permettent aucun calcul pratique de la sorte, utilisable par des professionnels. Ce ne sont donc que des jouets philosophiques, et en conclusion de cet exposé, des jouets cassés.
Modifié en dernier par Mathoscope le mar. 5 mars 2024 - 22:05, modifié 3 fois.
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Re: Illusion du mouvement: dépassé au 21ème siècle

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Ce fil pourrait éventuellement être déplacé dans les discussions générales. Je l'ai placé dans la section "projection 35 mm" pour bien marquer le fait que, bien que la théorie de l'échantillonnage soit une base indispensable des techniques numériques, elle opère quant à elle dans le domaine purement analogique et s'applique donc tout aussi bien au cinéma argentique qu'au numérique.

Concernant la notion de fréquences dont j'ai parlé plus haut, précisons immédiatement qu'il ne s'agit pas des fréquences du rayonnement electromagnétique représentant la lumière, qui se situent dans les térahertz, mais plutot de la fréquence de clignotement des points lumineux de l'image affectés par le mouvement, qui va se situer autour de la dizaine de hertz.

On peut toujours considérer une image comme constituée d'un ensemble de points lumineux. Si c'est une image analogique continue, on peut par la pensée lui superposer un quadrillage. A chacun des carrés du quadrillage on peut attribuer une valeur de luminosité égale à la moyenne de la luminosité sur sa surface. On peut ensuite faire tendre le pas du quadrillage vers zéro et réduire chaque carré à un point mathématique (ce qui fera aussi tendre leur nombre vers l'infini), ou s'arrêter à une résolution donnée, par exemple 4K.

Pour une image en noir et blanc, le contenu de l'image est entièrement défini par la donnée des luminosités de chacun des points (en couleurs bien entendu, il faudrait donner trois valeurs de luminosité, une pour chaque primaire).

Si la caméra prend une image à l'instant t0, elle est entièrement décrite par une certaine séquence de valeurs de luminosité (il suffit de regarder le contenu binaire d'un fichier graphique de format simple type targa si vous n'en êtes pas convaincu, il contient juste une entête et une suite de valeurs de luminosité).

En prenant une autre image à l'instant t1, le contenu aura changé à cause du mouvement, et cela donnera simplement une nouvelle séquence de valeurs de luminosités différentes.

Si maintenant je m'intéresse au mouvement continu qui s'est produit entre t0 et t1, il sera décrit collectivement par la donnée de l'évolution entre ces deux instants de l'ensemble des courbes de luminosité en fonction du temps attachées à chaque point. Par exemple en 4K, les mouvements seront définis par la donnée des 8 millions de courbes de luminosité individuelles correspondant aux points de l'image.

Ce que la caméra fait, c'est simplement réaliser un échantillonnage massivement parallèle de l'ensemble de ces courbes aux instants t0 et t1. La valeur instantanée de chaque courbe de luminosité se traduira au final par une transparence plus ou moins forte de la pellicule au point de l'image correspondant. Et c'est ainsi que l'on stocke la valeur de l'échantillon de manière analogique.

Dans la scène d'origine, toute la complexité du mouvement se réduit ainsi au clignotement lumineux dans le temps des points fixes qui constituent l'image. Reproduire correctement ce mouvement c'est reproduire correctement chacune de ces courbes de luminosité individuelle. Et pour cela il faut et il suffit que chacune d'entre elles respecte le critère d'échantillonnage 2 * Fmax < Fech (=24 Hz).

Pour fixer les idées, imaginons le damier d'un échiquier qui se déplace à l'écran et passe "en dessous" d'un certain point de l'écran. Ce point va clignoter du noir au blanc à mesure que les carrés du damier défilent. On voit que cela va dépendre de la vitesse du damier mais aussi de la finesse du découpage en carrés, suivant que le damier apparait en gros ou en petit à l'image. De même qu'on définit des fréquences temporelles en cycles par secondes, on peut définir des fréquences spatiales en cycles par mètre ou par largeur d'image, qui représenterait le nombre de cycles noir/blanc que l'on voit défiler en se déplaçant le long d'un axe parallèle aux carrés d'un damier fixe par exemple.

Ces fréquences spatiales représentent la complexité de surface de l'objet, et on voit que la fréquence temporelle de clignotement du point sera le produit de ces fréquences spatiales par la vitesse. Et en simplifiant, c'est cette fréquence temporelle qui permettra de savoir si une cadence d'échantillonnage de 24 i/s permet de faire une reproduction convenable, pour un point impliqué dans un mouvement donné.
Modifié en dernier par Mathoscope le mar. 5 mars 2024 - 20:35, modifié 1 fois.
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Re: Illusion du mouvement: dépassée au 21ème siècle

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Implacable et claire démonstration que ce qui s’applique ã l’audio en terme de « perçu «  avec la théorie de l'échantillonnage / quantize , s’applique aussi au perçu image/ mouvement .. ( au «  filtrage » final près ..joke )
la quantité nécessaire « d'échantillons « nécessaires en audio est directement liėe ( suivant le théorème de Shannon ) à la fréquence maxi à transmettre .. soit en simple au minimum un peu plus que deux fois la fréquence à transmettre….( ou plus mais pour d’autre raisons ),
Dans le cas de l’image , le nombre d’image «  nécessaires » pour que le mouvement paraisse fluide ( perçues comme un mouvement continu ) dépendra de la vitesse originale du mouvement «  échantillonné » en i/s ..
en clair si 24 i/s suffiront pour des mouvements courants , si ceux ci s’accélèrent faudra augmenter le nombre d'échantillons
Et les mouvements rapides peuvent être «  naturellement » rapides ou provoqués un mouvement simultané de la camera
( saccades ) voir un aliasing entre vitesse caméra et vitesse mouvement
Dans les jeux vidéo élaborés on est maintenant ã 120i/s ( voir qqs cas encore plus élevés ) aux fins d’un jeu «  fluide »
La NHK et d’autres on montré que pour être identique à la perception naturelle sur toutes les situations il faudrait 250/300 i/s
Pour infos , les projecteurs laser RVB actuels sont capables ( option ou natif suivant modèles et marques ) de reproduire du 4 k 120 i/s et du 2 k 240/480 i/s ..
encore bravo à l’auteur du post
cordialement
Roland
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Re: Illusion du mouvement: dépassée au 21ème siècle

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Merci pour cette appréciation. :wink:

Malgré ces longs messages, je n'ai cependant fait qu'effleurer le niveau 1 du jeu...
Il existe de nombreuses études complexes sur ces sujets, mais finalement elle convergent vers une solution toute bête pour améliorer simultanément tous les cas de figure : augmenter la cadence d'image, ce que certains réalisateurs courageux tentent de faire.

Il y a certainement une limite physique de ce côté, car plus la cadence augmente et moins chaque image reçoit de lumière au niveau de la caméra, ce qui risque d'amener une dégradation du rapport signal/bruit, en électronique parce que le signal devient plus faible par rapport au bruit intrinsèque du capteur, et en argentique parce qu'il faudrait un plus gros grain pour améliorer la sensibilité.

Ceci dit, l'argentique est hors course dans cette évolution vers les hautes cadences, à cause de la consommation de pellicule et des contraintes mécaniques d'un défilement à grande vitesse.

Pour ma part j'aurais bien aimé revoir la démonstration de Showscan "New Magic" ,à laquelle j'avais assisté à l'époque sur les champs élysées, mais cette fois en projection numérique. Effectivement Douglas Trumbull lui-même faisait remarquer que les projecteurs modernes sont tous parfaitement capables de tenir la cadence requise, qui n'est que de 60 i/s. Mais est-ce que le 4k sera à la hauteur du 70 mm de cette période...

Je me demande dans quel état sont ces films à l'heure actuelle.

Je n'ai su que trop tard que Billy Linn et Gemini man étaient en 120 i/s, et j'ai manqué les quelques rares occasions qu'il y avait en France de les voir à leur cadence native.
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Re: Illusion du mouvement: dépassée au 21ème siècle

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Oui , c’est sur qu’il y a qqs limites coté vitesse cam .. pour garder de la lumière ..mais les progrès coté capteur et électronique n’ont pas fini d’étonner ..
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Re: Illusion du mouvement: dépassée au 21ème siècle

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Intéressant comme tout. Après, l'illusion du mouvement c'est aussi un traveling qui me donne l'impression d'avancer alors que je suis calé dans un fauteuil 1353
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Re: Illusion du mouvement: dépassée au 21ème siècle

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C'est vrai qu'à la Géode en omnimax, c'était assez criant, on avait l'impression que la salle tout entière tournait ou volait.

Je l'avais vu aussi dans une fête foraine ou il y avait des moyens plus limités, et les spectateurs étaient debout: impossible de me maintenir droit, je n'arrêtais pas de tomber sur mon voisin. Ca montre à quel point la vision domine la perception.
Modifié en dernier par Mathoscope le sam. 9 mars 2024 - 15:02, modifié 1 fois.
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Re: Illusion du mouvement: dépassée au 21ème siècle

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Pour aller un peu plus loin, je voudrais aborder le cas de la poursuite d'objets par l'oeil.

Ce dernier devient assez rapidement aveugle aux détails des objets en mouvement dés qu'il deviennent un peu rapides.
La parade consiste à poursuivre l'objet, ce qui permet idéalement de l'immobiliser par rapport à la rétine et d'en percevoir ainsi tous les détails comme s'il était immobile.
Cela se fait par un mouvement de pivotement de l'oeil qui, de mémoire, peut atteindre une vitesse de 80°/s.

Ce comportement est un réflexe de survie, pour suivre les proies ou les prédateurs dangereux, qui sont généralement en mouvement rapide, et l'oeil va l'utiliser aussi souvent que possible en particulier sur grand écran, il est donc important de comprendre ses impacts.

Mais une explication du cinéma est avant tout une explication de la perception du mouvement. Or, il faut réaliser que dans le cas de la poursuite d'objet, aucun mouvement n'est perçu, puisque le but est justement de l'immobiliser par rapport à l'oeil. D'une certaine façon, ce cas est donc non pertinent. Cependant, ce n'est vrai que pour un objet solide. S'il comporte des parties mobiles, le mouvement relatif de celles-ci sera perçu. Imaginons par exemple que l'on suit un lion en pleine course, on verra ses pattes s'agiter, même si le corps de l'animal reste relativement immobile.

La situation peut alors être analysée en imaginant un écran virtuel centré sur l'objet en mouvement et que l'oeil regarde cette fois fixement. On peut ainsi toujours, pour l'étude de la perception du mouvement, se ramener au modèle de l'oeil regardant fixement l'écran, et appliquer la théorie de l'échantillonnage.

Mais pour ce qui est du mouvement absolu aussi bien de l'objet que de ses parties mobiles, il est définitement perdu puisque, même en regardant directement la scène naturelle, il est au delà des capacités de l'oeil et, sur un écran il est en plus au delà du critère d'échantillonnage, donc sa reproduction sera corrompue. Malgré tout, de façon surprenante, cela n'empêchera pas l'oeil d'extraire de l'écran une image exploitable de l'objet.

Pour le comprendre, il faut réaliser que corruption du mouvement ne signifie pas corruption des images individuelles qui le composent. Simplement, celles-ci sont devenues trop écartées les unes des autres pour pouvoir être reconnectées en un mouvement continu cohérent. Mais cela n'empêche pas la caméra de continuer à prendre ces images successives, potentiellement avec une bonne qualité spatiale si l'on décide de réduire le temps d'obturation (ce qui favoriserait ce cas aux dépends de la fluidité des mouvements). Si l'oeil se synchronise avec le mouvement, il sera en bonne position à chaque apparition d'une nouvelle image à l'écran pour que l'objet se projette au même endroit de la rétine, et apparaisse immobile.

Cependant le bloqueur d'ordre zéro recommandé par la théorie pour la reconstruction du mouvement vient ici jouer un rôle antagoniste. L'oeil a un mouvement de poursuite linéaire et continu, mais l'écran affiche une image totalement immobile pendant 1/24s. Le déplacement de l'oeil va donc créer un glissement de l'objet sur la rétine (que les anglo-saxons appellent "retina slip") qui va amener un flou de mouvement, même si l'image de la caméra est nette.

Ce flou provoque un effondrement de la résolution dynamique, celle perçue sur ces objets en mouvement rapide, et implique qu'une résolution de 4k ou plus, mise en avant pour les projecteurs numériques ou même argentiques, n'est en fait vraiment obtenue que pour les objets statiques. Ce qui fait dire à certains que le cinéma, finalement, ça ne marche vraiment bien que pour les objets immobiles.

Bien entendu, augmenter la cadence d'image permet de minimiser cet effet, 100 i/s donnera l'effet d'une obturation au 100ème (même si la caméra obture au 1/200 s, on voit que finalement le flou de mouvement sera déterminé par la cadence d'affichage finale).

Toutefois, une étude indiquait que, pour avoir une résolution statique et dynamique équivalentes en 4K, il faudrait 700 i/s. La course à la haute résolution perd donc de son sens, si la cadence ne suit pas. Le point optimal se situe probablement à moins de pixels, mais plus d'images, ce qui permettrait de rester dans l'enveloppe de travail d'un projecteur à micro-miroirs, ceux-ci ayant une fréquence d'oscillation limitée.
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Re: Illusion du mouvement: dépassée au 21ème siècle

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ll y a tout de même une alternative pour préserver la résolution dynamique : l'affichage pulsé.

Si au lieu de maintenir l'image pendant une période d'échantillonnage, je la concentre en un bref et intense flash au début de chaque période, la bonne vieille persistance rétinienne va la maintenir. Comme l'image est flashée directement sur la rétine, elle va se déplacer avec elle et il n'y aura plus de glissement relatif possible et plus de flou de mouvement. Au prochain flash, l'oeil, dans son mouvement de poursuite, sera au bon endroit pour que l'objet suivi apparaisse à la même position sur la rétine, pour rafraichir l'image.

C'est en fait ce que faisaient les tubes cathodiques. Le temps de décroissance de la luminosité des phosphores après le passage du faisceau d'électrons est très faible, il ne reste déjà plus que 37% de la luminosité de départ après 50 µs, à comparer aux 64 µs de la durée d'une ligne de balayage dans le système 625 lignes européen. Ils avaient donc un bien meilleur équilibre entre la résolution statique et dynamique. Des écrans plats LCD le font aussi avec un éclairage pulsé, et ce serait réalisable sur les écrans à LED qui commencent à apparaître en salle. Il serait aussi concevable de le faire en argentique, mais c'est un peu trop demander à la rétine que de maintenir l'image pendant 1/24s, il faudrait donc tout de même augmenter la cadence. Moins pratiquable sur les projecteurs DLP/DMD qui définissent leur image dans la durée, par moyennage de l'éclairage en tout ou rien produit par les micro-miroirs.

Cependant tout n'est pas rose, avec cette solution. Le suivi d'un objet permet d'en extraire une image précise, mais cela se fait aux dépends des autres objets qui eux du point de vue de l'oeil vont acquérir une vitesse rapide dans la direction opposée. L'affichage pulsé va également les rendre très nets et s'ils comportent des détails fins, cela va correspondre à la présence de haute fréquences spatiales, qui avec la vitesse vont engendrer de hautes fréquences temporelles et beaucoup de repliement de spectre (aliasing) par dépassement du critère d'échantillonnage. Une autre façon de le voir et que l'on obtient sur la rétine une suite d'images très nettes et très séparées par la vitesse, ce qui est très différent de ce que l'oeil aurait vu sur la scène d'origine, pour laquelle ces objets auraient produit une trainée floue continue.

Autrement dit l'affichage pulsé va renforcer les artefacts en arrière-plan de l'objet suivi. Ce n'était pas sensible sur les écrans cathodiques, car ils étaient assez petits et l'oeil n'avait guère de possibilité de faire de la poursuite. Les écrans plats qui utilisent ce principe procèdent aussi à une augmentation de la cadence d'image par calcul d'images intermédiaires, ce qui est une forme de suréchantillonnage, Cela va amener un rapprochement des images successives qui atténuera la différence avec une trainée continue. Mais on voit qu'au final, on retombe quand même sur un besoin d'augmenter le nombre d'images par seconde.
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Re: Illusion du mouvement: dépassée au 21ème siècle

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Bonjour,

Que faites-vous du cinéma d'animation ? Il est la restitution totale d'un mouvement réel ? Ce n'est pas du cinéma ?
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Re: Illusion du mouvement: dépassée au 21ème siècle

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Pire que ça : le cinéma n'existe pas !!!
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Re: Illusion du mouvement: dépassée au 21ème siècle

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Le « flou de mouvement » n'est pas un défaut : il est nécessaire.

Quand on photographie 24 fois par seconde un mouvement on peut très bien obtenir 24 photos très nettes de la décomposition de ce mouvement : il suffit d'employer des vitesses d'obturation élevées 1/500è de seconde par exemple pour chaque photo.

Le problème, c'est qu'à la restitution / à la projection de ces 24 images très nettes à la seconde, on a un rendu très étrange : un effet de « transparence » sur les zones animées de l'image. On a vraiment l'impression de voir les zones fixes transparaître au travers des zones animées. Un aspect fantomatique irréaliste. Sans compter l'aspect saccadé et le fait que ces perceptions dépendent aussi du contraste, des couleurs, de la part de mouvement / part de fixité au sein d'une image…

Pour éviter cet effet c'est assez simple, on photographie avec une vitesse d'obturation adaptée à la cadence : l'obturation est souvent à 2 fois la cadence donc 1/48è de seconde en 24 ips *. À une telle vitesse d'obturation, la photographie ne fige pas le mouvement, elle enregistre un truc en train de bouger pendant 1/48è de seconde, le résultat est donc une image avec du « flou de bougé ».

Guillemets car il ne s'agit pas de « flou » ( la mise au point est bonne ) mais du mouvement filé qui s'est enregistré pendant cette durée d'1/48è de seconde.

C'est la succession des photos de ces mouvements filés qui donne la fluidité, et l'opacité nécessaire, à la restitution d'images animées. Parce que dans ce cas, d'une image à l'autre on donne une information « progressive » de mouvements dont le cerveau peut déduire une compréhension nette.

Alors qu'en lui fournissant une succession d'images très nettes, on le prive de l'information de mouvement ( fournie par le filé ) provoquant presque une panique instinctive face à un phénomène naturellement impossible : la « survenance ». Un truc qui est ici à un instant donné ne peut pas être complètement ailleurs l'instant suivant. C'est surnaturel, ça fait peur…

…en ciné d'animation c'est tout le problème du « pur » stop motion.
Aujourd'hui, une fois qu'on a les 24 ips nettes, on sait en construire les images filées pour fluidifier le rendu.
( et bon sang, je ne me souviens plus comment on appelle ça ! )

Bref, quelles que soient les cadences d'images utilisées, le filé est nécessaire, sinon, instinctivement le cerveau s'interroge.

* ça sert à autre chose à la base, compenser le shutter effect… vive le global shutter.
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Re: Illusion du mouvement: dépassée au 21ème siècle

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Aujourd'hui, une fois qu'on a les 24 ips nettes, on sait en construire les images filées pour fluidifier le rendu.
( et bon sang, je ne me souviens plus comment on appelle ça ! )
Est-ce que tu veux parler du Go-Motion, inventé par Phil Tippett ? (Qui est plutôt un léger flou de mouvement donné au moment de la prise de vue). Sinon, informatiquement, le nom du filtre qui crée cet effet en est la traduction littérale : "motion blur" je pense.
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